Hier nous vous avions laissé, Ingrid et moi, sur sa prise de rendez vous pour une échographie.
Voici la suite:
‘En une semaine, c’était confirmé, j’étais enceinte de cinq mois et demi, le bébé était en pleine forme et c’était une fille, juste ce qu’on voulait !
Les larmes me sont montées aux yeux. Tout à coup, elle avait une forme, un visage, c’était ma fille et il fallait que je la protège. Je crois que c’est à ce moment-là que je me suis vue devenir mère.
La dépression continuait de me tenailler, mais je n’avais plus les idées aussi sombres. J’étais plus dans l’inquiétude financière et matérielle, j’avais du mal à me sentir de taille à affronter la vie avec ce tout petit bébé. Je n’avais jamais tenu un bébé dans mes bras et eu d’affinités avec les enfants en général et ça m’angoissait beaucoup. Dans mon entourage, il y avait aussi très peu de couples avec. La seule amie que j’avais et qui avait des enfants était incroyablement angoissée par ses enfants. Elle passait la nuit éveillée pour être certaine qu’aucun de ses enfants ne tousse pendant la nuit, ce n’étais pas vraiment mon idéal de maternité.
Je suis repassée en fin de semaine à mon agence d’intérim et là, elles m’ont regardé à deux fois ! Je ne suis pas spécialement mince d’habitude mais après le résultat de la prise de sang, mon ventre a poussé comme un champignon ! Je leur ai dit que j’allais sans doute moins travailler en attendant mon congé maternité parce que dans l’usine qui m’employait à ce moment là, les horaires et le travail étaient très dur.
Chacune y est allée de sa petite histoire et je me suis rendue compte que ce n’était pas si rare que ça. J’en ai ensuite parlé avec mon chef pour qu’il prévoie quelqu’un pour me remplacer, il était également carrément étonné et n’a pas arrêté de me demander où j’avais caché mon ventre. Entre-temps, on avait aussi prévenu nos familles et tout le monde était ravi, même si mes parents m’ont dit qu’ils s’en doutaient un peu, mes frères et belles-sœurs, eux, étaient juste heureux !
En juin, ma sage-femme m’arrêtait pour que je puisse préparer un peu cette naissance qui m’avait prise par surprise. Je n’avais pas encore eu le temps de décider si je voulais allaiter ou pas, je ne savais pas ce qu’il fallait avoir chez soi quand on a un enfant, bref, c’était la panique ! Heureusement, on a eu une rentrée d’argent qui nous a permis d’acheter la maison où on habitait, de se faire plaisir en allant au restaurant et aussi d’acheter tout ce dont on avait besoin pour la petite.
Les deux derniers mois ont été plutôt chaotiques, je faisais de l’hypertension et j’avais des migraines terribles, les sages-femmes avaient tendance à penser que c’était surtout le stress de ces derniers mois qui faisait monter ma tension. Finalement, elles ont déclenché l’accouchement 15 jours avant le terme présumé. Ils n’ont jamais su si finalement, elle est née avant terme, après terme ou à terme car, à cause de l’hypertension, elle avait un petit retard de croissance qui aurait pu être causé aussi par un déficit en liquide amniotique.
Elle est née très vite après le déclenchement. Les sages-femmes avaient renvoyé mon mari chez lui et j’ai du le rappeler dans leur dos avec mon téléphone portable. Quand elle est née, je suis tombée amoureuse d’elle, j’ai tout de suite demandé à mon mari : « On la fait quand la deuxième ? », on va dire que c’était sous l’effet de la péridurale. Quand il a fallu s’en occuper (ce qui me faisait plus peur que l’accouchement), j’ai trouvé ça plutôt naturel et pas aussi difficile que ce que je pensais. J’ai pris aussi beaucoup d’aise avec cette maternité, je ne me suis jamais considérée comme une super-maman, je l’ai souvent laissée à la famille et aux amis et j’ai aussi demandé beaucoup d’aide à mon mari.
J’ai repris le travail dès que j’ai pu car ça faisait partie de mon équilibre. J’ai appris à être maman à mon rythme, sans me forcer et je crois que je m’en sors de mieux en mieux. J’ai une très bonne amie qui me donne toujours de très bons conseils, je ne les suis pas toujours mais elle me sert souvent de miroir qui m’aide à y voir plus clair dans ma façon de faire avec ma fille.
J’ai fini par laisser moins de place à mon mari avec ma fille parce que je me suis rendue compte qu’il ne faisait pas les choses comme je le voulais. Quand je travaillais, il la laissait souvent seule dans son parc à s’occuper toute seule pendant qu’il regardait la télé par exemple, je la récupérais souvent sans qu’il lui ait enlevé sa couche de la nuit alors que je finissais à 13h. Je les entends souvent râler l’un contre l’autre, elle veut un verre d’eau, il n’a pas le courage de se déplacer, il lui dit non alors, elle se fâche, donc lui se fâche et on n’en finit plus. J’ai souvent l’impression d’avoir deux enfants à la maison. Ce matin encore, il est parti au travail à 6h et m’a réveillé pour me demander si je savais où étaient ses clefs, ce n’est pas vraiment le père que j’aurais voulu donner à ma fille.
Quant à elle, elle a sans doute compris qu’il fallait m’aider dans mon rôle de mère. Elle a beaucoup fait d’efforts sur l’autonomie, apprendre à tenir son biberon toute seule par exemple, après elle refusait même que je touche à son biberon, de même pour sa cuillère, elle a vite appris à s’habiller seule, à se laver les mains.
Bien sûr, ça reste une petite fille de deux ans et demi qui me fait des caprices pour un rien, elle est très têtue : hier, elle ne voulait absolument pas mettre de salopette, elle avait décidé qu’elle voulait un jean il a fallu que je lui mette la salopette de force pour vérifier qu’elle était à sa taille mais ensuite, elle l’a bien vite enlevée pour remettre son précieux jean.
Pour ce qui est du prénom, on a finalement beaucoup réfléchi, on avait gardé dans un coin de notre tête notre prénom fétiche mais je crois qu’on l’avait attribué plus ou moins consciemment à ce premier bébé. Résultat, impossible de se mettre d’accord sur un autre et on a fini par opter pour celui-là et c’est moi qui ai choisi ses deux derniers prénoms.’
Un grand merci à Ingrid pour ce témoignage et je lui souhaite beaucoup de bonheur avec sa petite fille et son mari !
Et toi? Tu connais quelqu’un dans ce cas? Tu as des questions à poser à Ingrid? Qu’est ce que ça t’inspire le déni de grossesse?




